Des joutes d'amour pour le Jour de Joutes

Bonjour aux amoureux des belles lettres,

Nous publions ici les réponses à des lettres datant de 1939, trouvées près du canal d'Arles à Bouc, et signées d'un Pierre.
Ces réponses fictives ont été rédigées par Brigitte Curdel.
Elles furent prétexte à un concours de lettres, poèmes et mots d'amour, reçus dans le cadre des "Joutes d'Amour" des Territoires Poétiques, qui avaient lieu en juin 2013.

jeudi 30 mai 2013

L'haussière revient de loin



L'haussière longtemps joua à cache-tampon
 cherchant un mouchoir pour s'assoir
 comme dans un court-métrage
 sur la belle enfance passage
 L'haussière avait trouvé un bouc
 émissaire genre grand pont
 qui l'enserra dans son pressoir
 la cantonnant dans un souk
 Empêtrée dans l'étrive ramage
 l'haussière chercha renfort
 en corridor son cri fut entendu
 accourus en Marcel velus
 les lamaneurs la libérèrent de l'étrave
 Dans la nuit le giorno se leva ostensoir
 mais l'haussière avait oublié nue
 que les rats par elle s'étaient glissés
 que le gerfaut sur elle se penchait
 et la gerce la gagnait

 A la peste elle était condamnée...
 Reprenant ses esprits malmenés
 vite elle se débarrassa de ses attributs
 grâce à toute l'eau qu'elle avait bue
 Remise à flot d'un seul coup de molette
 l'haussière regagna le bateau avec toute sa tête
 Elle vit sur le quai gigoter le géronte
 auquel gibbosité ne faisait pas honte
 Elle se confondit en imprécations
 "croque-mitaine, croque-mort, vieux croûton
 que le diable t'étreigne
 comme ta folle teigne !"
 Puis s'épargna les jurons
 Elle jouait juste à cache-tampon

Anastasie  Lossouarn

Nîîn



Tu m’écris depuis ton pays lointain, celui que tu nommes Nîîn
Et que tu décris si bien…
Où me dis-tu le temps n’efface pas le souvenir de ceux que l’on aime…
Je suis si heureux d’être en pensée dans les allées de ton pays…
Je suis ému d’y voyager parmi les traces de ta mémoire…

Tu me dis ce royaume lointain…
Les calipsis odorants que tu me décris, je les ai parcourus…
J’en capte encore les effluves… Je frémis presque en ta compagnie
Les instants donnés comme éternels si on les touche… j’y suis entré…
On y circule à la vitesse de tes lueurs
Et la mer de nuages que l’on entend… je t’y accompagne…
Je t’y ressens… je t’y touche
Je me souviens de maintenant…
J’ouvre les yeux sur toi
Ton royaume est le mien

Je t’écris depuis le lieu où tu es la reine.


Pascal Schaefer

mercredi 29 mai 2013

Comtesse de la Lune



Fileuse de destins, telle les Nornes, les Moires ou les Parques
Je m’insinue au creux de vos reins, je nage dans votre cervelle
Je tambouille vos émois, je chatouille vos fesses

Aussi vieille que la nuit, aussi jeune que le jour
Je sais vous jouer tous les tours et les pires
Rotations sur vous-mêmes en miroir de l'une
Je suis l'Autre qui aime votre part d'ombre
Celle que j'éclaire,

J'aime capturer les enfants
Que vous êtes restés dans votre croissant
Assis et contemplant ce que vous êtes devenu
Nu de mélancolie dans votre bol de café
Noir

J'aime
Badiner avec Eros, inviter Thanatos
Pour mieux vous attacher dans mes reflets blafards
Exsangue que vous êtes de votre dévotion
A la femme que je suis

Ma couronne est formée de sept étoiles
Et d'autant d'épines
Inflexible je coupe le fil des mortels

Comme vous le savez je sais faire ma vilaine
Vous empêcher de dormir
Vous torturer doucement
Vous agacer
Garce je suis
Taciturne vous êtes
Vous essayez de me toucher
Je me défile

Je distille la vie au bout de ma quenouille
De la mort souvent je me réjouis
Je suis filandière sur la toile moderne du temps
Je repose en votre firmament

Lucile Steitner

mardi 28 mai 2013

le beau est mien

sur le chemin roux de traverse
on ne voit qu'une silhouette de dos
qui avance comme une herse
dans un champ de coquelicots

avec ses bottes de sept lieues
il franchit d'un trait gris
les limites impossibles qui mènent à ce lieu
où le chant des sirènes transperce la nuit

d'un coup de fleuret qui fait mouche
embrassant le soleil sur la bouche
le tzigane s'embrase et disparaît
dans le chemin qu'il se traçait

mais la trace réapparaît blanche et sans reflet
dans l'ombre il a atteint les sommets
d'une touche de noir fondue dans le blanc
il mêle les couleurs dans un même mouvement


BB

à fleur de peau



les mots feutrés dansent
en douceur intense
à fleur de poème et moi

Ol

vendredi 24 mai 2013

Chat

Quel est le gros chat qui dort lourdement sur ma poitrine ?
Ce caillou,
Cette pierre noire ?
C'est ma peine. C'est ton absence qui respire profondément.

L.L

mercredi 22 mai 2013

garde-moi dans ton coeur

Cette carte retrouvée par Marie. Elle était adressée par son père à sa mère. Avant leur mariage, le fiancé écrivait à sa promise. Au recto une photographie de lui en militaire. Il était à la guerre.